Un parcours singulier, un projet original : Nathalie Lamplé et l’école des fourmis

Son parcours au sein même de la question éducative coule de sens, bien que truffé d’originalité! Nathalie Lamplé raconte avoir fait une partie de sa scolarité dans l’observation même du système éducatif, développant son regard critique, ayant très vite l’idée d’enseigner à son tour… Elle suit le processus alors en place, une année de préparation au concours de l’IUFM , où elle rencontre des personnes très motivées… par la réussite au concours. Puis, la formation des maîtres : elle est alors surprise du nombre d’élèves venant assister à certains cours, uniquement dans le but de « valider leur année » ; pour de futurs enseignants, c’est questionnant. Durant le temps de formation, elle trouve fort étrange que la question même « à quoi sert l’école » ne soit pas fondatrice ! Elle regrette que durant ce temps de formation, il n’y ait pas d’approche philosophique, autour de l’école, de l’enseignement, de l’éducation. Une fois en prise avec le terrain, face à ses élèves, Nathalie constate un manque de cohérence ; manque de cohérence pour les enfants, d’une classe à l’autre, où les approches des enseignants peuvent vraiment diverger, où l’accompagnement bienveillant d’un élève une année ne le sera plus l’année suivante … Elle trouve cela psychologiquement difficile et cherche une solution. Aucune solution au sein de l’éducation nationale, trop cloisonnée, n’était envisageable.

Plusieurs constats et expériences, dans un temps resserré vont la pousser à créer une école : d’une part, le constat de son propre parcours scolaire, Nathalie se demande qu’est-ce qui lui a le plus servi au travers de ces apprentissages obligatoires ? et finalement, elle constate que ce qui lui a le plus servi, c’est ce qu’elle a appris par elle-même…

Maman de deux enfants, sa fille alors en moyenne section de maternelle, fait un jour un cauchemar traduisant une « peur de la mauvaise note » ! Cela traduit bien entendu une peur de l’échec, sur laquelle on peut légitimement s’interroger pour un enfant de cet âge. L’idée lui vient alors de l’instruction en famille, de faire école à la maison. Et finalement, c’est une aventure coopérative qu’elle lance : « une maison école ».

Aujourd’hui, l‘école des fourmis est constituée d’un petit groupe multi-âge d’enfants, avec une équipe de parents bien motivée. Ouverte en 2010, l’école a besoin de s’agrandir pour répondre aux demandes et parce qu’il vient d’être décidé, notamment suite à la demande des enfants eux-mêmes, d’ouvrir aux âges du collège pour la rentrée 2016.

Quelles sont les valeurs clés de l’école des fourmis :

  • Une approche au quotidien du « vivre ensemble » : cette valeur réunit tout le monde, puisque pour se sentir bien avec l’autre, cela nécessite de bien se connaitre soi-même, c’est-à-dire : qui je suis ? pourquoi je suis là ? Des ateliers philo sont en place, mais ce questionnement est quotidien.  Il s’agit d’accompagner les enfants sur le chemin de la pleine conscience. Nathalie constate que cette approche offre aux enfants une grande ouverture, ils se sentent libres de questionner….
  • L’apprentissage autonome : l’enfant apprend par lui-même, « on accompagne l’enfant à être son propre pédagogue »
  • Des valeurs éco-citoyennes fortes : l’école dispose d’un potager bio, et de nombreuses actions en découlent. Ces valeurs poussent aussi à aller voir ce qu’il se passe en dehors de l’école. Ainsi, un partenariat se développe actuellement avec une association locale en plein développement, ce qui permet de créer du lien entre l’école et son territoire, et de s’ancrer dans une réalité au quotidien.
  • Une école pour tous! Les enfants de divers profils (extravertis, introvertis, emplis de joie d’apprendre, en échecs, en difficultés, à haut potentiel…) ont tous trouvé leur place et fait leur chemin. Nathalie, les parents et les enfants s’interrogent : « Pourquoi le financement de la “scolarité ” de tous les enfants du territoire n’est pas géré de manière égale ? »

Et concernant les approches pédagogiques ?

Elles sont multiples, Nathalie explique que ces différentes approches (Montessori, Freinet, éducation nouvelle), au départ moteurs dans le projet de l’école lui servent aujourd’hui en tant qu’outil mais ne sont pas une fin en soi ; dans le projet de l’école des fourmis, tout est ouvert, en perpétuels évolution et questionnement. C’est le faire avec les enfants, la façon dont ils vivent les choses, appréhendent les enseignements qui guide ce qu’on leur met à disposition afin d’accompagner leur désir d’apprendre.

C’est d’ailleurs en participant en janvier dernier aux premières rencontres Eudec France que Nathalie se rend compte que le projet de son école réfère directement à ce qu’on nomme « école démocratique ».  Mais bien qu’elle se retrouve dans les valeurs qui motivent la création de ces écoles, en pleine effervescence depuis peu, elle ne souhaite pas pour autant cloisonner son projet à un type d’école ….  « Une “étiquette” on la subit ou on passe son temps à la défendre » Nathalie souhaite garder une liberté d’évolution, d’enrichissement, de questionnement… ce que le cloisonnement ne permet pas.
Au travers des apprentissages autonomes et multiples, les enfants deviennent des citoyens responsables.

Nous terminerons sur un projet original qui illustre bien cela, celui que les enfants ont souhaité développer suite au visionnage d’un documentaire abordant la vie d’enfants, proche de nous, issus de milieux défavorisés, et grandissant dans un cadre de vie difficile. Ce projet, ils l’ont nommé : « le chariot du vivre ensemble ».

l'ecole des fourmisDe ce visionnage une envie d’agir face à un sentiment d’injustice sociale a émergé. Offrir des activités jeux… a été la première idée. « Mais comment je le prendrais, moi, si on venait m’apporter des choses en me disant « peut-être tu en as besoin » ? Avons-nous la légitimité de définir les besoins des autres ?» Ces questionnements qui font échos à la manière de vivre et d’apprendre à l’école des Fourmis, ont abouti à la construction, à partir d’objets recyclés, du ”chariot du vivre ensemble” qui n’aurait aucune cible. Il a été rempli d’activités que les enfants aiment et souhaitent partager avec tous. Il est posé et partagé partout où ils le souhaitent ou en réponse à une invitation. Le résultat : un point de rencontre et de partage transgénérationnel et sourd aux différences sociales. Il est un partage, une proposition, la manière des Fourmis de voir le vivre ensemble : « pas de lutte contre ce qui ne nous convient pas mais l’ouverture d’autres chemins. »

Et comme toujours, ce projet est ouvert, questionne, et évolue en permanence. Pour permettre à ceux qui le souhaitent de s’approprier cette idée, il concourt même actuellement dans le cadre d’un dispositif proposé par le Département … on souhaite donc réussite au « chariot du vivre ensemble » dans cette demande de soutien institutionnel !

Ce proverbe africain “Il faut tout un village pour éduquer les enfants », complété par Bernard Collot  «et des enfants pour éduquer un village » illustre bien ce qui se joue à l’Ecole des Fourmis.

Cette voie que Nathalie a choisi pour l’école des fourmis montre à quel point la réappropriation de l’éducation par tout à chacun peut mener à bien des richesses et participer à des dynamiques qui aident, dans la bienveillance, les citoyens de demain à se construire.

Site internet de l’école (en cours de rénovation !) : ecoledesfourmis.blogspot.com/

 

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