Que voulons-nous pour nos enfants ? 

Quand on pose la première question aux parents, la réponse la plus fréquente est : leur BONHEUR.

Pourtant, l’école n’enseigne pas le bonheur. L’école enseigne beaucoup de choses aux enfants (lire, écrire, compter, résoudre des problèmes de maths…) mais n’apprend pas aux enfants :

  • comment se préparer à l’incertitude,
  • comment réagir aux événements tristes,
  • comment gérer leurs émotions.

Pour le Dr Ilona Boniwell, le rôle le plus important des adultes envers les enfants est de leur enseigner des compétences pour être heureux et résilients. La résilience est définie comme « l’art de naviguer dans les torrents » par Boris Cyrulnik. C’est la capacité à rebondir après des événements douloureux et à surmonter les épreuves de la vie.

Pourquoi pratiquer la psychologie positive avec les enfants ? 

Des effets positifs sur la réussite scolaire

Le Dr Boniwell explique que les enfants heureux sont plus :

  • créatifs,
  • entreprenants,
  • concentrés,
  • aptes à intégrer et traiter de nouvelles informations.

Des effets positifs sur le niveau d’optimisme

Les enfants heureux sont plus :

  • optimistes,
  • aptes à faire face à la nouveauté et à l’adversité,
  • résilients (capables de surmonter des traumatismes, comme le harcèlement scolaire, le divorce des parents, la perte précoce d’un être cher, une maladie grave ou plus rarement un inceste, un viol ou une guerre)

Des effets positifs sur la santé

Les enfants heureux sont :

  • moins malades,
  • plus susceptibles de vivre longtemps.

Des effets positifs sur la vie en société

Les enfants heureux sont :

  • plus sociables,
  • plus serviables,
  • moins égocentriques.

Ainsi, des enfants heureux réussissent mieux à l’école et en dehors de l’école et donneront naissance à des adultes plus épanouis, capables de trouver leur place dans la société, leur voie, de trouver ou de créer leur emploi.

éducation au bonheur et à la résilience

4 compétences à enseigner aux enfants pour être heureux

Où apprendre à être heureux ?

Les enfants peuvent apprendre à être heureux aussi bien à la maison qu’à l’école. Les deux lieux sont propices à l’apprentissage du bonheur. Parents et enseignants peuvent suivre les méthodes développées par les docteurs en psychologie positive pour un développement harmonieux de l’enfant.

Comment définir le bonheur ?

Le bonheur n’est pas :

  • le plaisir

Le Dr Boniwell prend l’exemple des massages : un massage apporte du bien-être et du réconfort mais n’apporte pas le bonheur sur le long terme. Il ne protège pas contre les souffrances des événements de la vie. Un massage ne nous rend pas plus résilients.

  • la beauté

Les gens les plus beaux ne sont pas forcément les plus heureux.

  • l’argent

Il n’existe pas de corrélation entre argent et bonheur. Les gens riches ne sont que très légèrement plus heureux que les gens moins riches.

  • le pouvoir

Quelles compétences enseigner ?

Le Dr Ilona Boniwell nomme quatre compétences à acquérir avant de pouvoir être heureux :

1. Faire face à la tyrannie du choix

Un peu de choix est bon et permet d’exercer son autonomie. Proposer un choix entre deux solutions est recommandée dans tous les livres d’éducation pour impliquer l’enfant. Mais quand nous sommes confrontés à un choix trop abondant, notre cerveau est submergé.

2. Arrêter de se comparer aux autres

Si vous voulez être sûr d’être malheureux, comparez-vous tous les jours aux personnes que vous estimez avoir mieux réussi que vous.  D’autant plus que le problème ne se résout pas avec le temps : plus on réussit, plus on aura tendance à trouver des personnes auxquelles se comparer qui ont encore mieux réussi ou bien dans un autre domaine.

3. Ne pas s’habituer trop vite

Nous nous habituons vite aux choses matérielles, si bien qu’elles deviennent insignifiantes très vite. Pour retrouver du plaisir, de l’intérêt et de la stimulation, nous voulons alors le modèle plus récent ou plus puissant (les grandes marques l’ont bien compris…). Et nous entrons dans un cercle vicieux d’insatisfaction chronique.

4. Combattre le biais négatif du cerveau

Notre cerveau retient plus facilement et plus efficacement les informations négatives que positives. Par exemple, si quelqu’un vous dit que vous êtes bon mais qu’une autre personne vous dit que vous êtes mauvais pour la même action, vous retiendrez la remarque négative de la deuxième personne. Nous aurions besoin que 3 personnes au minimum nous disent que nous sommes bons pour contrecarrer les effets négatifs car une information négative ne peut être contre balancée que par 3 fois plus d’informations positives !

Nous avons donc besoin d’éduquer notre cerveau pour qu’il apprenne à retenir les informations positives. Les 3 exercices suivants de psychologie positive permettront de développer ces 4 compétences chez les enfants.

3 exercices de psychologie positive pour le bonheur de nos enfants 

Le processus NUMB

Le Dr Boniwell a développé un processus en 4 étapes pour aider les enfants à reconnaître et surmonter leurs pensées négatives.

1. Remarquer quand une pensée négative surgit dans le cerveau

Les enfants sont invités à porter un bracelet élastique et à le faire claquer à chaque fois qu’ils éprouvent une pensée négative. Cela permet de prendre conscience de cette pensée, de la remarquer. Cette première étape ouvre la possibilité de s’intéresser à cette pensée et de la comprendre.

2. Comprendre la pensée négative

Une fois la pensée identifiée et conscientisée grâce à l’élastique, l’enfant pourra se pencher sur elle :

- quelle est cette pensée ?

- d’où vient-elle ?

- pourquoi émerge-t-elle à ce moment précis ?

-  que va-t-il se passer si elle n’est pas tue ?

3. Chasser la pensée négative

3 manières de chasser les pensées négatives sont proposées en fonction des préférences de l’enfant et des possibilités matérielles :

L’intervention active : l’exercice physique, et plus particulièrement la cours à pied, sont recommandés.

L’intervention calmante : la méditation de pleine conscience est une excellent manière de faire taire les pensées négatives envahissantes.

J’en ai parlé à plusieurs reprises sur le blog : La pleine conscience à l’école : pourquoi ? comment ? quels gains pour les élèves ?

Si vous voulez vous lancer dans la méditation de pleine conscience avec vos enfants ou vos élèves, je vous conseille :

Calme et attentif comme une grenouille (pour les plus jeunes)

 

Tout est là, juste là (pour les ados)

 

 

- L’intervention de la raison : relativiser, raisonner, insister sur le côté temporaire, voir les aspects positifs. Le Dr Boniwell prévient que ce dernier point est le moins efficace mais peut cependant convenir à certains enfants.

Le perroquet dans la tête

Quand on devient conscient des processus cognitifs à l’oeuvre dans notre cerveau à un moment précis, on a le pouvoir de modifier les répercussions émotionnelles de ce moment sur nous-mêmes. Ainsi apprendre à un enfant à identifier les processus cognitifs en jeu dans leur tête en fonction des situations auxquelles ils sont exposés est un atout pour la vie.

éducation au bonheur et à la résilience

Le Dr Boniwell propose aux enfants de prendre conscience de leur petite voix interne en ayant recours à l’image d’un perroquet posé sur leur épaule. Ce perroquet peut avoir des intentions plus ou moins bien attentionnées quand il commente les événements :

  • culpabiliser (« c’est de ta faute »)
  • juger (« ce n’est pas juste »)
  • se lamenter (« tout le monde est contre moi »)
  • s’inquiéter (« mais qu’est-ce que ma mère/ mes copains va/vont dire ? »)
  • rabaisser (« je suis inutile »)
  • feindre l’indifférence (« je m’en fiche »)

Les enfants sont alors entraînés à identifier le type de perroquet qui parle, à considérer si ce que le perroquet dit est vrai ou faux en fonction de preuves objectives (du passé par exemple) et à trouver des alternatives aux affirmations fausses du perroquet. Cette démarche permet à l’enfant de se réapproprier une vision correcte et objective de la réalité.

Les 4 muscles de la résilience

1. Etre entouré de personnes bien attentionnées et bienveillantes

Ce travail commence par nous-mêmes en tant que parents ou enseignants :

- s’engager dans une éducation positive (voir l’article : La parentalité positive, c’est quoi exactement ? ),

  – pratiquer l’écoute active (voir le livre Parents efficaces de Thomas Gordon),

- communiquer de manière non violente (voir l’article : Introduction à la Communication Non Violente)

- gérer sa propre colère (voir l’article : La colère dans la relation parents-enfants),

- construire une autorité saine (voir l’article : J’en ai marre de crier : 5 astuces pour une autorité saine),

- être bienveillant envers soi-même (voir l’article : Etre bienveillant avec soi avant de pouvoir être bienveillant avec ses enfants).

On peut apprendre à l’enfant à reconnaître les personnes bien attentionnées des autres.

 2. Connaître ses forces

L’enfant qui sait répondre à la question « en quoi suis-je doué(e) ? » aura plus de chance de se focaliser sur le positif.

Cela ne passe pas nécessairement par les notes scolaires, mais aussi par des choses pour lesquelles l’enfant est reconnu par ses copains (une chose pour laquelle ses copains lui demandent de l’aide ou son avis par exemple), des choses pour lesquelles il a été distingué (par exemple lors d’une compétition sportive ou d’un concert), des choses qu’il fait bien faire facilement et naturellement (par exemple, faire des gâteaux, dessiner des oiseaux, jardiner…).

3. Pouvoir s’appuyer sur des preuves du dépassement des obstacles dans le passé

Tous les enfants vivent des réussites dans un domaine ou un autre (école, sport, activité artistique, jeux vidéo, cuisine…). Essayez au maximum d’immortaliser les réussites de votre enfant en photo. Vous pourrez coller ces photos dans un album de réussite en rappelant la date et les ressentis associés à ce moment (les siens et les vôtres en tant que parent).

Votre enfant sera alors heureux que vous donniez de l’importance à sa victoire.

Et quand il sera triste, déçu, découragé, démotivé par un échec ou une erreur, ce sera le moment de ressortir l’album des réussites pour lui rappeler toutes les prouesses qu’il est capable de réaliser.

« C’est cet enfant qui a appris à faire du vélo à 4 ans/ à lacer ses chaussures à 5 ans/ qui a marqué le but de la victoire au dernier match/ qui a aidé sa copine à se relever quand elle est tombée…  qui doute et qui pense qu’il ne va pas y arriver ? »

4. Intégrer les émotions positives dans la vie de tous les jours

Plusieurs manières d’apporter des émotions positives au quotidien sont possibles :

  • les 3 plaisirs du soir : raconter les 3 meilleurs moments de la journée au moment du repas ou du coucher (voir le livre 3 kifs par jour de Florence Servan-Schreiber)

 


 

Pour aller plus loin sur le sujet de la psychologie positive :

Introduction à la psychologie positive (par l’auteur de la conférence ci dessus)


La Psychologie positive pour les Nuls

Si vous voulez être

Heureux, Soyez le.


Osez être qui vous êtes


Osez la Liberté