Non ma fille, tu n’iras pas à l’école …

école à la maison Tu as 2 ans et demie et tu me demandes déjà quand est-ce que tu vas aller à l’école. Je sais que tu as terriblement envie d’être “une grande”. Je sais que tu es frustrée de voir tes copains et copines y aller. Je sais que tu idéalises cet endroit qui ferait de toi une petite fille “normale”. Je vois tes yeux briller quand quelqu’un te dit “2 ans et demie ? Ah mais l’année prochaine tu iras à l’école”. En fin de compte ma chérie, je suis triste parce que je sais que tu l’es. Je suis émue de devoir te “refuser” ce qui est un dû pour tous les autres. Je suis blessée parce que malgré tout ce que je t’explique, tu ne comprends pas notre choix à papa et moi. Je doute aussi parfois, parce que ce n’est pas une décision anodine. Mais je te rassure mon trésor, quand tu mettras de côté ta peine et ta déception, tu verras nos motivations, et j’espère, qu’un jour, tu nous diras “vous aviez raison!”. Alors en attendant, je m’accroche à mes convictions. Et non, ma fille, tu n’iras pas à l’école, en tous cas pas pour les années à venir. Pourquoi ?
  1. Parce que tu es unique.  Et que l’école voudra te mettre dans un moule. J’aime les fous rires que tu prends dans un moment “trop” sérieux. A l’école, on te dira que tu fais trop de bruit. J’aime te voir te dépenser, grimper partout, courir le plus vite possible, escalader les endroits que les autres trouvent “dangereux”, et tout cela selon les besoins de ton corps. A l’école, on te dira de rester tranquille. On te dira qu’il y a des moments pour ça. J’aime te voir concentrée, dans ta bulle, parfois rêveuse. A l’école, on te dira qu’il faut écouter. J’aime entendre tes questions déroutantes, qui me mettent même parfois mal à l’aise. A l’école, on te dira que c’est comme ça, et tu devras apprendre le “parce que” et non le “pourquoi”.
  2. Parce que je veux que tu avances à TON rythme. Et que l’école t’obligera à suivre SON rythme. Je n’ai ni envie de te cloisonner, ni envier de te forcer. Je le vois tous les jours. Quand tu choisis ce qui te plait, tes progrès sont fulgurants. Tu laisses de côté ce qui t’intéresse moins, pour y revenir quelques jours, voir quelques semaines plus tard. A l’école on ne te demandera pas ce que tu veux faire, ce que tu veux apprendre. Tu devras obéir et puis c’est tout. Et si tu n’y arrives pas, on te dira que tu es en difficultés. Et si tu y arrives mieux que les autres, on te dira que tu es en avance. Je ne veux pas que tu te compares. Je veux que tu sois toujours intéressée, curieuse, en recherche de plus de savoirs et de connaissances. L’école t’ennuiera, ou te démoralisera. Ou alors, tu seras à ta place, mais les autres t’envieront, ou te critiqueront. Je veux pouvoir t’offrir un moyen d’apprendre à ton rythme, dans la joie. Que tu sois toujours fière des efforts que tu fais.
  3. Parce que l’école ne fera pas que t’instruire, elle t’éduquera. Alors quitte à ce que quelqu’un ait la double casquette, je préfère que ce soit moi. Au moins, je sais quelles valeurs tu apprendras. Je ne veux pas être en concurrence avec un système qui ne te connait pas et qui ne t’aime pas. Je veux que tu juges ce que je te dis, que tu apprennes à discerner le bon du mal. Je veux que tu puisses te forger ta propre opinion, que tu remettes en question ce que tu entends, quitte à me rentrer dedans. Mais au moins, je te transmettrai ce en quoi je crois avec amour, respect et honneur. L’amour inconditionnel que j’apprends à vivre chaque jour avec toi, une maîtresse ou un maître ne l’aura jamais. Le respect que je te témoigne, tu ne le trouveras qu’à moitié. A l’école, on n’apprend pas à honorer l’autre, à le valoriser, à souligner ses qualités et ses compétences. A l’école on t’écrase, ou on t’élève. Il n’y a pas de demi-mesure. Et cela n’est en rien en lien avec qui tu es, mais avec ce que tu fais. Je veux que tu sois instruite, bien sûr. Mais je veux aussi que tu sois armée pour la vraie vie, sans que tu écrases les autres, et sans que tu sois obligée de te faire oublier.
  4. Parce que je veux que tu sois respectée et préservée. Et l’école ne peut ni respecter, ni assurer sécurité à tous les enfants. J’aime te voir faire des siestes de 3h l’après-midi, ou même le matin parfois. J’aime entendre les histoires bizarres que tu racontes ou les chansons que tu improvises avant de t’endormir. A l’école, tu dérangeras tout le monde à la sieste. On t’interdira de faire du bruit, et tu n’arriveras pas à t’endormir. A l’école, le rythme est difficile. Je ne veux pas te voir comme tous ces enfants qui rentrent fatigués chez eux, et qui voient à peine leurs parents le soir (eux même épuisés par le travail). J’ai choisi d’abandonner mon emploi pour justement te permettre de vivre simplement, de vivre en harmonie avec ce que ton corps réclame. J’aime aussi le fait de te savoir en sécurité. Quand quelqu’un te garde, je sais à qui je te confie. A l’école, on te laissera te “débrouiller” pour que tu “apprennes à régler tes conflits avec tes camarades”. Je sais ce que c’est que d’aller la boule au ventre à l’école. Et pourtant, c’est ce qui m’a permis d’apprendre à me faire respecter. Mais je crois qu’il existe d’autres moyens que la peur pour t’apprendre à être forte et bien là où tu es. Je ne prendrai pas le risque que tu sois une despote pour ne pas te faire massacrer, ou que tu deviennes une victime. Et à l’école, il y a bien trop d’enfants et trop d’endroits à surveiller pour que tous soient en sécurité.
  5. Parce que l’école t’ennuiera. Je comprends ton envie de vivre ce “rite de passage” du bébé à l’enfant. Mais je suis persuadée qu’au bout de 2 jours, les livres, les jeux et les activités t’ennuieront. Parce que tu es une flèche. Parce que tu es tout le temps en demande. Parce que tu apprends trop vite les jeux par cœur. Parce que tu t’ennuies vite. Tu es comme ça. Je m’y suis faite, et j’essaie de m’adapter du mieux possible. Mais à l’école tu seras une parmi 20 ou 30 autres. Au début on te félicitera d’avoir réussi. Puis ça deviendra banal. Et comme tu vas t’ennuyer, on te demandera d’aller aider les autres. C’est très bien d’aider les autres. Mais rapidement tu en auras marre d’attendre que les autres aient fini. Tu ne seras plus fière d’avancer à ton rythme, tu seras juste impatiente. Peut-être même que les autres te rejetteront pour ça.
  6. Parce qu’à l’école tout est figé. Il y a un programme à suivre, souvent bien trop compliqué pour être vu en entier. Alors c’est la course. J’aime t’apprendre les sciences de la vie et de la terre en balade en forêt. J’aime te faire un cours de calcul en mangeant des grains de raisin. J’aime l’idée que la vie en elle même est déjà riche en questions et en apprentissages. A l’école, la majorité du temps tu apprendras de l’abstrait. Je veux t’apprendre le concret.
  7. Parce que tu n’es pas vaccinée. Un jour je t’expliquerai pourquoi. Ce n’est pas le sujet. Mais en attendant, sache que sans vaccin, tu ne peux pas être scolarisée. C’est comme ça, “pour éviter les épidémies et contaminations”. Mais comme tu le dis souvent “ne t’inquiètes pas, ce n’est pas grave” :-)
Alors ma Schtroumpfette, je te demande pardon parce que tu ne vois pas tout cela. Tu l’entends, mais c’est tellement loin comparé à ces enfants qui partent à l’école alors que toi tu restes. Je ne veux pas t’exclure de la vie en société. Je ne veux pas que tu souffres de solitude. Mais je ne me fais pas de soucis pour toi. Tu cherches toujours le contact. Elle est bien loin la petite fille qui observait les autres jouer et attendait que tout le monde soit parti pour enfin faire du toboggan. Tu es désormais la première à aller demander aux autres de jouer avec eux. Et ce n’est pas grâce à l’école. C’est parce que tu as appris à avoir confiance en toi, et parce que tu connais ta zone de sécurité. Et sois confiante, bientôt, tu pourras aussi apprendre à nager, à faire de la danse, du foot ou apprendre le violon. Tu choisiras ce qui te plait, et tu te régaleras. Sans moi. Avec d’autres enfants. Et je serai heureuse de te voir pleinement heureuse !
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Ma Schtroumpfette, j’espère que plus grande, tu seras fière de ce parcours hors norme. J’espère que tu n’auras pas honte d’être différente. Et j’espère que tu ne regarderas jamais de haut ceux qui n’ont pas pu vivre cette scolarité à la maison. Parce que si je veux que tu retiennes une chose, c’est que chacun fait comme il peut, et chacun fait comme il veut. Personne ne doit te juger, et personne tu ne dois juger. Apprends plutôt à aimer : c’est un challenge bien plus difficile, et qui a le mérite d’avoir un impact positif sur le monde qui t’entoure !
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Françoise Lefèvre disait: “J’aime la page que je vais écrire comme une amoureuse qui court à son rendez-vous.” Mon prochain rendez-vous, ma prochaine page, c’est pour vous, vendredi prochain…
 

Si vous voulez être

Heureux, Soyez le.


Osez être qui vous êtes


Osez la Liberté